Gelda ne retournera jamais en Irak

Gelda ne retournera jamais en Irak

20 juillet 2009  |  Publié dans témoignages  |  2 Commentaires

Gelda est chrétienne irakienne et vivait à Karadeh, au centre du pays. Elle n’a pas fui son pays en 2003 au moment de l’invasion américaine mais en 1991 au lendemain de la première guerre du Golfe. Elle vit aujourd’hui à Amman avec son mari et ses trois enfants âgés d’une vingtaine d’années. “Si je suis partie, dit-elle, c’est à cause des fanatiques chiites. Un jour, ils sont arrivés dans ma ville et ont incendié le magasin de chaussures de mon mari. Ils ont aussi brûlé toutes les boutiques appartenant aux Chrétiens. Ils ne supportaient pas de voir des Chrétiens fouler le sol irakien. Ils voulaient me forcer à me convertir.”

Son mari étant d’origine syrienne, Gelda et ses enfants sont d’abord partis en Syrie mais quelques années plus tard ils ont tous rejoint la Jordanie à cause de problèmes familiaux. A Amman, elle était en règle jusqu’en 2001. Faute d’argent, elle ne dispose depuis d’aucun visa de résidence. Conformément à la loi jordanienne, Gelda - ainsi que chaque membre de sa famille - doit payer une amende quotidienne d’1,5 dinar. Soit depuis 8 ans, plus de 4000 dinars par personne. Jamais elle ne pourra payer cette somme. Dans son appartement d’Amman, la famille vit chichement. “Mon mari et moi ne travaillons pas et quand on a payé le loyer il ne nous reste plus rien. C’est vrai que beaucoup d’Irakiens ont de l’argent ici. Mais il y a aussi tous les autres dont on ne parle pas. Je ne suis pas à la rue mais je n’ai pas beaucoup d’argent pour vivre” explique-t-elle dans son salon très peu meublé.

Gelda espère depuis des années un visa pour la Suède ou la France, mais rien ne bouge. “En Jordanie, il y a énormément de réfugiés. Et malheureusement la vague d’immigration de 2003 fait que je ne suis plus une priorité pour l’ONU. Il faut gérer l’urgence et mon dossier est relégué au bas de la pile” commente-elle.

Concernant l’avenir des Chrétiens en Irak, Gelda demeure sceptique : “Nous sommes une minorité, nous n’avons pas de poids en Irak. Quand j’habitais encore mon pays, tous les jours des Chrétiens se faisaient kidnapper, rançonner ou tuer. Ca a toujours été conflictuel entre les différentes communautés. Et avec le nouveau gouvernement les choses ne s’arrangent pas, voire même elles empirent, car se sont les Chiites désormais qui détiennent le plus de pouvoir.”

Gelda rejette totalement l’idée de retourner un jour en Irak où vit encore quelques membres de sa famille. Ca fait quatorze ans qu’elle ne les a pas revus.

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2 Réponses

  1. kern dit:

    28 juillet 2009à 5 h 00 min(#)

    Ou sont les promesses d’accueil en Europe des Chrétiens persécutés d’Irak ?

  2. Sébastien dit:

    29 juillet 2009à 21 h 22 min(#)

    Bonsoir Kern,
    Concernant les promesses d’accueil des réfugiés irakiens en Europe, les choses avancent. Fin novembre 2008, les états de l’UE se sont en effet engagés à accueillir cette année 10 000 réfugiés irakiens (de Syrie + Jordanie). 2500 doivent être accueillis en Allemagne et 1200 en France. Les arrivées sont en cours. C’est un message plutôt positif car “l’Europe trainait les pieds par rapport aux USA”. Selon un haut fonctionnaire international rencontré à Amman, “sur un peu plus de 50 000 réfugiés légaux en Jordanie, 20 000 souhaitent partir en Occident et les USA ont délivré à eux-seuls 13 000 visas.”

    C’est vrai que pour certains pays occidentaux, notamment la France, on a souvent dit qu’ils privilégiaient les réfugiés de confession chrétienne. Je n’ai pas d’informations là-dessus.

    Autre point important : début juillet, Imra Riza, responsable du HCR en Jordanie, exhortait le gouvernement irakien à tout faire pour favoriser le retour des réfugiés dans leur pays d’origine. Notamment en leur fournissant du travail.

    Bonne soirée
    Sébastien

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Précision

Le statut de réfugié répond à une définition précise du HCR. Nous avons choisi d’utiliser le terme plus largement. Ce site évoque les migrants irakiens fuyant la guerre ; et les victimes de guerre ayant trouvé refuge en Jordanie le temps de se faire soigner.