Les Irakiens participent à l’essor d’Amman
10 juillet 2009 | Publié dans sur le terrain
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), on dénombre entre 50 000 et 500 000 réfugiés irakiens en Jordanie. Cette fourchette peut paraître énorme mais cela s’explique aisément : s’il y a effectivement un peu plus de 50 000 Irakiens officiellement répertoriés par le HCR (c’est-à-dire la tranche de la population ayant répondu aux exigences administratives de cette organisation), des centaines de milliers de démunis ont effectivement passé la frontière irako-jordanienne sans papiers. A l’échelle du royaume hachémite, cela correspond depuis 2003 à une augmentation de la population d’environ 10 %.
Solidarité et jalousie
Malgré cette immigration forcée, « la cohabitation entre Jordaniens et Irakiens se passe bien. Beaucoup sympathisent même. Les Jordaniens étant dans leur grande majorité solidaires de leurs voisins » analyse un haut responsable de l’OIM interviewé le 9 juillet à Amman. N’empêche, un tel afflux de population cause un certain nombre de problèmes. Cà et là, les citoyens hachémites avancent la peur de perdre leur travail et se plaignent de l’augmentation du coût de la vie. « C’est un sentiment que l’on ressent mais qui n’est pas utilisé au niveau politique. Il n’y a aucune raison que cela évolue dans la mauvaise direction. Depuis quelques années Amman est en plein essor et on peut se poser la question de savoir si la ville se serait autant développée sans l’arrivée des Irakiens » relativise le fonctionnaire de l’OIM. Ici, pas de camps insalubres pour les réfugiés. Au contraire, les nombreux chantiers qui façonnent le nouvel Amman sont financés par de l’argent irakien. « Cela provoque certes de la jalousie mais les Jordaniens profitent aussi du développement de leur capitale. » Bien que le développement économique soit au rendez-vous, nous ne sommes pas dupes : la pauvreté est également présente en Jordanie. De nombreux Irakiens se cachent dans les quartiers Est d’Amman de peur de se faire arrêter.
Si la Syrie recense davantage de réfugiés irakiens que son voisin jordanien (environ un million, notamment parce que la vie y est moins chère), le royaume hachémite compte proportionnellement plus de réfugiés argentés et formés. Facteur important de stabilité interne.
Aux prises avec des règlements de compte identitaires dans leur pays, les Irakiens n’ont pas exporté cette violence en Jordanie. « Sunnites, Chiites, et Chrétiens ont reformé ici une communauté forte, explique-t-on à l’OIM. Ils sont plus soudés que leurs compatriotes restés en Irak.»







