“Les Chrétiens veulent rentrer en Irak”
20 juin 2009 | Publié dans interview
3 questions à…
Mgr Philippe Brizard, directeur général de l’Oeuvre d’Orient
On estime entre 10 et 40 000 le nombre de réfugiés chrétiens irakiens en Jordanie. Que penser de ces chiffres ?
Cette fourchette me paraît crédible mais cela va peut-être vous étonner : je ne crois pas que beaucoup de Chrétiens aient quitté l’Irak après la chute de Saddam Hussein. Lors de mon dernier voyage dans le pays, l’année dernière, j’en ai croisé énormément sur les ruines de leurs anciens villages. Toutefois il n’y a pas de recensement officiel de la population en Irak, c’est donc plus un sentiment qu’une affirmation que j’exprime ici. Ce que je peux vous dire avec certitude en revanche, c’est que la fable fort répandue disant que Saddam protégeait les Chrétiens est totalement fausse. Sous son régime, leur nombre n’a jamais cessé de baisser. Aujourd’hui, je pense que les Chrétiens représentent un peu moins de 5 % de la population du pays.
Que risquent aujourd’hui les Chrétiens irakiens ?
La remontée du pouvoir tribal joue fortement contre eux. Les Chrétiens sont arabisés, mais ne sont pas arabes. N’appartenant à aucune tribu, ils ne peuvent trouver protection auprès d’aucun chef. Ils sont montrés du doigt et persécutés puisqu’ils ne sont parfois plus considérés comme chez eux. Par amalgame, les Chrétiens sont rapprochés des occidentaux car ils partagent la même religion. La conséquence désolante que cela provoque, c’est que pour se protéger les Chrétiens d’Orient sont aussi de plus en plus tentés par le communautarisme. Entre les assyro-chaldéens, les nestoriens, les syriaques orthodoxes… les églises sont nombreuses en Orient. Chaque communauté a tendance à se refermer sur elle plutôt que d’unir ses forces aux autres.
Dans ce contexte, quel est l’avenir de la chrétienté au Moyen-Orient ?
Vous voulez savoir si les Chrétiens vont disparaître d’Orient ? Bien sûr que non! Les Chrétiens ne sont pas des produits d’importation, ils sont chez eux au Moyen-Orient. Tout simplement parce que c’est là que le christianisme a vu le jour. Ils ont une culture, un patrimoine, une histoire. Les réfugiés n’attendent qu’une chose : rentrer en Irak.







